lundi 8 juin 2009

Et maintenant, que va-t-il faire ?

Le sacre de Federer à Roland Garros a eu lieu dans une atmosphère d'apocalypse. Il a fait très froid. La pluie n'a quasiment pas cessé du match. Et le vent a anéanti toutes velléités des brushings de rester en place, sauf celui du suisse, qui ne bouge jamais d'un poil pendant un match. Federer a gagné Roland Garros. 10 ans qu'il en rêvait, sans doute. En 1999, il perdait en 4 sets au premier tour sur le Lenglen face à Rafter qui l'avait corrigé par un joli 6-0 lors du 4è set. Il était alors possible, mais difficile, d'envisager que 10 plus tard, le jeune prodige ne serait plus un ancien jeune prodige, mais un monstre sacré du tennis, et même du sport en général. Perfectionniste et jusqu'au-boutiste, mégalomane (le fait d'être champion légitime-t-il un tel comportement quand on n'a pas de charisme ?) et souvent plaintif (il a parlé de sa mononucélose comme s'il avait vécu l'enfer de Corée), Federer est sans doute devenu ce dimanche Porte d'Auteuil le meilleur joueur de l'histoire du tennis. Il ne lui reste plus qu'à devenir le plus grand. Mais ce combat là sera sans doute le plus dur à gagner. L'aura ne s'achète pas. Voici le film du jour.



14h43. La garde républicaine joue quelques morceaux devant un central archi-comble et conquis.

15h05. La plus grande star française vivante avec Alain Delon, Jean-Paul Belmondo, l'homme qui a pissé dans le lavabo de Jean Serberg, et qui accessoirement, a décontracté le cinéma français avec JLG, prend place dans la tribune présidentielle.


15h29. Federer qui semble avoir peur et qui semble la poudre d'escampette tel Jean Marais devant une foule de jeunes femmes. ça n'est qu'une illusion. Le suisse sera intouchable pendant tout le match, bien aidé par un Soderling totalement en deça de ce qu'il aura montré contre Nadal ou Davydenko. Une match tranquille pour Federer. Une victoire convaicante. C'est son job. Federer n'aura rien fait d'autre pendant ces deux semaines de tournoi que de nous montrer qu'il a bien travaillé durant le printemps.



16h03. L'homme de Rio s'emmerde ferme, tandis que Patrick Bruel est au téléphone. Celui-ci annonce peut-être à Sarkozy qu'il aura le temps d'aller voter UMP avant la fermeture des bureaux de vote.


16h06. Seul moment intéressant du match. L'irruption d'un hurluberlu espagnol sur le court, qui a tenté de mettre un chapeau catalan sur la tête de Federer avant d'être rattrapé par les agents de sécurité ... côté Soderling. Le suédois regarde d'un oeil distant la scène, mais la palme revient au juge de ligne. Soderling aurait pu se faire poignarder qu'il n'aurait pas bougé. Aucun doute la-dessus.



17h08. Le central explose de joie. La joie du public "cache" même d'ailleurs (voir photo ci-dessous, symbolique) la joie du suisse. Il était interdit, pendant ces quinze jours de tennis, de ne pas être pour Federer. Le totalitarisme existe toujours. Face à ces observateurs qui ont, apparemment, tous une vision (uniquement et purement) technicienne du jeu, il n'y avait pas d'alternative possible. Etre techniquement parfait est l'unique condition pour être considéré comme un grand. A mort les poétes, l'imprécision, l'aléatoire, l'incertain et les styles brouillons ! Si ces amateurs de Federer sont cohérents, ils préfèrent Verneuil à Rozier. Arditi à Léaud. Vasarelly à Degas. Wilander à Leconte. Les footballeurs allemands aux footballeurs camerounais. Le petit journal people à Edern-Hallier. Chacun son truc.



17h20. Soderling vient chercher le plateau du finaliste avec une (sa ?) copine.




17h22. Federer qui soulève la coupe des mousquetaires. Lionel Chamoulaud et les profs de maths sont contents. Madame Michu aussi, puisque depuis la défaite de Nadal, elle ne connaissait aucun autre joueur que Federer dans le tableau. N'en demeure pas moins l'une des images les plus durs à regarder et à accepter depuis les images des camps.

18h51. "J'ai toujours cru en mes chances de gagner ici" lance Federer aux journalistes du monde entier, avant de reconnaitre qu'il aura peut être du mal à réaliser sa victoire. Que faire après le grand chelem ? Agassi a réussi à rester au sommet après sa victoire en 99, mais tous les joueurs sont différents. L'histoire ne se répète pas tant que ça. On a pensé à Fellini une fois qu'il avait réalisé "Huit et demi", à Kubrick une fois qu'il avait réalisé "2001, l'odyssée de l'espace", à Antonioni une fois qu'il avait réalisé "Le désert rouge", à Coppola une fois qu'il avait réalisé "Apocalypse now", à Chaplin une fois qu'il avait réalisé "la ruée vers l'or", à Godard une fois qu'il avait réalisé "Pierrot le fou", à Eustache une fois qu'il avait réalisé "la maman et la putain", à Wenders une fois qu'il avait réalisé "Au fil du temps". Que faire après ça ? Qu'y a-t-il derrière le sommet, derrière la montagne ? Une fois qu'on est arrivé en haut, que fait-on ? Premier élément de réponse à Wimbledon ... Ceux qui espèrent que le suisse va maintenant faire un navet sont peu nombreux, mais ils existent.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire