Dans un premier temps, on pourrait croire que Federer va enfin gagner Roland Garros, seul grand titre qui lui manque. Dans un second temps, après analyse, on se dit que ça ne sera pas si facile ...
A-t-on le droit de ne pas aimer Federer ? Apparemment non. De Madame Michu à Lionel Chamoulaud en passant par les vedettes de passage en ce vendredi de demi-finales, Valery Giscard d'Estaing, Pierre Richard, Charlotte Gainsbourg, ou encore Thierry Roland, tout le monde s'est levé pour le suisse dans un élan aussi gentiment consensuel que terrifiant. Il n'y a plus de place pour ceux qui ne veulent pas voir le suisse triompher. Pas de place pour les antis. Pas de place pour ceux qui préfèrent les mecs fragiles et instables à ceux qui sont obsédés par la propreté et la perfection. S'en plaindre revient à se plaindre de notre époque. Après une année de crise, le public semble vouloir voir les choses revenir à leur place. Avant la crise, Federer était premier. Et s'il reprenait sa première place ? Les amoureux s'aiment, les voleurs volent, les dénonciateurs dénoncent, Lionel Chamoulaud commente mal, Federer gagne. Bref, tout rentre dans l'ordre. Chaque chose à sa place et chaque place a sa chose. Le public de Roland Garros soutient Federer comme les français revoteront Sarkozy en masse en 2012. Il ne l'aime pas, mais il n'y a rien d'autre. Il n'y a pas d'autre alternative crédible au joug Nadal. Et puis, ça serait sans doute tellement émouvant de voir quelle réaction pourrait avoir un multi-millionaire en apprenant qu'il va gagner un million d'euros de plus ! Vivement dimanche ! Federer est à ranger dans le même panier que les immenses champions tristes à mourir sur un court et en dehors. Il y avait Borg, Wilander et Lendl. Il y a Federer et Nadal.

On pourrait gloser des heures sur la mélancolie que distillerait une victoire de Federer à Paris (seules les carrières ratées sont belles, Federer aura beau gagner Roland, son parcours ne sera jamais du niveau de celui de Mcenroe, que ses éternels échecs à Paris ont rendu presque mythique, voir mythologique, mais cela est aussi dû au fait que Mcenroe ait plus de charisme que Federer) si celui-ci rencontrait dimanche un demi-sel de seconde zone. Or, Roger va jouer Soderling. Robin Soderling. 24 ans. 1,91 m. Aucune deuxième semaine en grand chelem avant ce RG 09. ça jette ! N'allons pas comparer le parcours de Soderling à celui d'un Lewis à Wimbledon 83, d'un Baghdatis en Australie 06, d'un Verkerk à Roland Garros 03, ou d'un Pernfors à Roland Garros 86. Soderling, ça faie un paie qu'on le connait et qu'on le sait capable. Sa gifle de coup droit, son service supersonique, son côté intrépide, font de lui l'adversaire le plus dangereux dont pouvait hériter Federer en finale. Il est fort probable que Roland Garros 2009 ne commence que dimanche, avec le match de la décennie.
Pour la troisième fois, nous avons recueilli la version des faits de "Pronosticator", moins connu sous le nom de J. Picard. Dans un post mis en ligne le 12 avril (voir plus bas) sur ce même site, il annonçait la victoire de Soderling sur Nadal avant même le tirage au sort. Le mec est donc à prendre au sérieux. Il y a quelques heures encore, il annonçait la victoire de Soderling sur Gonzalez. Pour dimanche, il annonce une tuerie et un règlement de compte digne des films de Peckinpah, période "Apportez-moi la tête d'Alfredo Garcia".
Le Crocodile : Federer a gagné le tournoi, c'est plié ...
J. Picard : Je suis ravi que Federer ait battu Del Potro !
Crocodile : Ah ça y est ! Tu soutiens Federer vs Soderling maintenant ?
J. Picard : Pas du tout !!! Mais ça te fait pas plaisir de savoir que c'est Robin qui va faire connaitre à Federer l'échec à Roland pour la 4è fois de suite !
Crocodile : Arrête. Soderling a gagné son dernier match aujourd'hui !
J. Picard : Federer n'a pas l'ombre d'une chance en finale. L'année dernière, c'était une carresse ce qu'il a pris par rapport à ce qu'il va prendre dimanche ! Federer va sortir de la finale totalement abattu. Fusillé. Meurtri. Pas bien.
Crocodile : Il prend Soderling de haut, tu crois ? A l'entendre, il a gagné le tournoi dimanche soir, après la défaite de Nadal.
J. Picard : Oui, et pour lui le plus dur était de battre Del Potro. Il dit qu'il a du respect pour ce qu'a fait Soderling depuis le début du tournoi, mais il ne se rend pas bien compte du niveau du suédois sans doute ... Il a écoeuré Ferrer, a pendu Nadal, a écrasé Davydenko, et a laminé Gonzalez, qui est loin d'être un tocard sur terre. Federer, lui, a eu un Acasuso qui s'est foulé la cheville, un Haas en pré-retraitre, un Mathieu bouleux, et un Monfils convalescent.
Crocodile : Le public va soutenir Federer à fond dimanche !
J. Picard : Noooooooooooooon ! Il a rendu service à tout le monde en écartant Nadal. Et puis, généralement, quand le match fait 6/2 6/1 6/3, tu sais, le public est assez calme ...