mercredi 1 avril 2009

Un peu d'histoire ... les plus beaux matches de chaque édition depuis 1978

Chaque année, ou presque, un match de la quinzaine plane au-dessus des autres. Ces matches finissent parfois par servir de référence. Remonter deux sets à zéro en finale, c'est "faire comme Lendl en 84". Servir à la cuiller, c'est "faire comme Chang en 89" etc ... Tout ce qui suit n'est bien évidemment qu'une des visions que l'on peut avoir des 30 dernières éditions du tournoi.

2008
Pas de grands matches en 2008

2007
2è tour : Llodra bat Almagro

Il n'y avait pas grand monde en ce jour de pluie sur le court numéro 1 pour assister à cette formidable confrontation de style. Pas grand monde pour apprécier le jeu d'attaque du français, bien mis en valeur ici par le jeu rèche et sec de l'espagnol. Dommage, car ils semblaient près à en découdre sans raquettes, sous la flotte. Llodra, la grande gueule sympa, face à Amalgro, le pickpocket du sacré-coeur un peu comédien sur les bords ... Quelle idée de mettre ça sur le court numéro 1 !!

2006
3è tour : Nadal bat Mathieu 5/7 6/4 6/4 6/4

Quelques souvenirs toujours vivaces. 3 jeux partout au 3è set, je quitte mon siège pour rentrer chez moi. Je prends le métro Porte d'Auteuil, je marche d'un pas lent et tranquille. Je passe au Monoprix de la rue d'Auteuil acheter du beurre salé pour mes crèpes au sucre, et je vais acheter le programme télé au kiosque de l'avenue Mozart. Je prends mon temps. Il fait bon, je flane. Je rentre chez moi dans le 17è pour prendre une douche et me changer avant d'aller à une soirée à l'Olympia. J'attends longtemps sur le quai. Il y a des perturbations sur la ligne 9. En arrivant, je me rends compte que j'ai oublié d'acheter du coca pour mon petit déjeuner du lendemain et file chez l'épicier pour prendre deux ou trois canettes. 50 minutes ont dû s'écouler depuis mon départ de Roland. Vous vous en foutez totalement, je sais, mais attendez une seconde ! En arrivant chez moi, mon premier réflexe est d'allumer la téloche ... "Le match est certainement fini" pensai-je ... Non ?! Ils sont toujours là !! Avant de voir l'image je reconnais le cri de l'espagnol ! Mieux, ils sont toujours là et ... le score n'a pas bougé, ou presque ... Il y a 4-3 au 3è set pour Nadal ... C'est à peine croyable ! Les jeux durent 30 minutes chacun. Improbable dilatation du temps. PHM réussit quelque chose de sidérant : il fait le match de sa vie sans nous faire croire une seule seconde qu'il est capable de gagner. Il n'y avait vraiment que lui pour faire ça.

2005
Pas de grands matches en 2005

2004
finale - Gaudio bat Coria

Le match le plus étrange des ces 20 dernières années, avec bien sûr l'indétronable et inoubliable Chang / Lendl. Pourquoi ce match est culte ? Parce que Gaudio avait commencé par se prendre 6/0 et qu'il a sauvé une balle de match ? Mais non ! C'est déjà parce que Coria, terrassé par la fatigue, la trouille, les crampes, et l'enjeu, joua comme un amateur pendant quelques jeux (impossible de servir, de faire un coup droit, impossible de courrir) et fit mal jouer Gaudio ... Comme s'il était impossible de garder un niveau de professionnel face à un joueur amateur, dont les coups, le rythme, deviennent pour lui inhabituels, imprévisibles. D'autre part, le match est aujourd'hui "culte" parce que ses deux acteurs se sont totalement effondrés par la suite ... Gaudio est aujourd'hui au fond du trou, et ne joue presque plus que sur les courts annexes de tous les tournois qu'il dispute. Il peut prendre deux bulles contre un joueur de Montevideo au premier tour du tournoi challenger d'Yvetot sans que cela ne constitue une surprise. Quant à Coria, il ne s'est jamais remis de son côté de cette occasion manquée. Après avoir tenté un bref retour l'année dernière, il semble de nouveau avoir abandonné le tennis. Deux destinées singulières. Deux joueurs maudits. A ce niveau là, le match fait penser aux "désaxés" de John Huston, dont les acteurs principaux (Gable, Clift, et M. Monroe partirent tous manger des pissenlits par la racine quelques jours seulement après le tournage).

2003
1/4 - Ferrero bat Gonzalez

Disputé à l'heure de la vaisselle sous une lumière magnifique, celle du soleil couchant, cette rencontre est l'histoire d'un homme qui ne voulait pas faire comme le soleil, qui ne voulait pas se coucher. Après 4 sets de qualité honnête, le match passa à la vitesse supérieure au 5è, lorsque Gonzalez, refusant donc de plier bagage, rendit la vie impossible à Ferrero, grandissime favori de l'épreuve.

2002
Pas de grands matches

2001
2è tour -Santoro bat Safin, 6/4 6/4 4/6 0/6 6/1

Safin, homme solide et fragile à la fois (comme tous les russes) a une bête noire depuis le début de sa carrière : Santoro. Vainqueur de l'US Open quelques mois plus tôt, et tête de série numéro 2, le moscovite, sous une bruine toute fine, se fait démonter pièce par pièce par ce (déjà vieux) margoulin de Santoro. La French touch.

2000
1er tour - Philippoussis bat Sampras, 4/6 7/5 7/6 4/6 8/6

L'un des derniers grands matchs disputés à ce jour sur le central. Deux joueurs de surface rapide, deux grands frères modèles, sur le tapis ocre et glissant de Roland Garros. Sampras, l'un des éternels maudits de la Porte d'Auteuil, rate encore la marche. Ironie du sort, c'est un attaquant - comme lui - qui lui barre la route cette année là. Des aces, des services gagants, des volées, des passings, des smashs en extension de part et d'autres, pendant 5 sets c'est oeil pour oeil et dent pour dent. Sampras ne le sait pas encore, mais il ne gagnera plus qu'un seul match à RG, contre le français Kauffmann l'année suivante ...

1999
1/8 - Meligeni bat Mantilla, 6/1 5/7 7/5 7/6

Le genre ablette et galbé comme une pioche, Fernando Meligeni cet improbable gaucher brésilien, mi-Rosy de Palma, mi-Nilda Fernandez, illumina l'édition 1999 de Roland Garros. Eclipsant Kuerten, Agassi, Medvedev, et les autres, ce fut lui la star de ce RG. Un peu contorsionniste, un peu fakir, un peu clodo, un peu crado, un peu l'air d'en avoir rien à foutre de puer sous les bras et de ne pas pouvoir se brosser les dents, un peu le genre à bouffer épicer - voir même à pas bouffer du tout -, Meligeni est le genre de joueurs en voie de disparition. Revoir des vieux matches de Meligeni aujourd'hui, c'est prendre le risque de détester (encore plus) Nadal, Djokovic, et Federer.

http://www.youtube.com/watch?v=UdXqpO0sGgI&feature=PlayList&p=AF7036E52B1ED679&playnext=1&playnext_from=PL&index=52


1998
1/8 - Pioline bat Safin, 7/5 4/6 6/7 6/4 6/4

Entre 92 et 98, aucun français n'a remporté de grand match sur le central. Mettant fin à 6 ans de disette, Pioline rendit fou de joie le public parisien en cette douce et électrique soirée de printemps. De là à dire que Pioline fut une star de RG au même point qu'un Leconte ou un Noah, il y a un pas ...

1997
1/2 - Bruguera bat Rafter, 6/7 6/1 7/5 7/6

Après le chef d'oeuvre de 1996 entre Sampras et Courier, Bruguera et Rafter vont en composer un autre sur les mêmes bases (un serveur volleyeur face à un gratteur de bâches), mais d'un tout autre genre. Face à ce chien galeux de Bruguera, sans doute le vainqueur de RG le moins populaire, le moins glam', de ces 30 dernières années, Rafter joue son meilleur rôle. Celui d'un flibustier ou d'un corsaire tout droit sorti d'un film de Michael Curtiz avec Errol Flynn. Même charme et même charisme que l'acteur australien, le chouchou de ces dames part à l'abordage sur chaque point. Malgré quelques morsures en milieu de match, Rafter-Flynn ne rompit pas et garda la même tactique jusqu'à la fin ... Mais pouvait-il en être autrement ? Pouvait-il rivaliser avec l'espagnol en fond de court ? Sans doute pas. Son décès était écrit. A ce jeu là, les méchants ont presque toujours gagné Porte d'Auteuil. A deux doigts d'égaliser à deux sets partout, l'australien est pris dans les filets du "méchant". Quand Bruguera joue Rafter, on redevient manichéen. Tout est clair. Il y a le beau gentil, et le vilain méchant. Mais contrairement au cinéma classique hollywoodien, il n'y a pas de place pour un happy-end. Le plus grand film de pirate des années 90.

1996
1/4 - Sampras bat Courier, 6/7 4/6 6/4 6/4 6/4

Un match 100% américain pour une ambiance 100% Western. Disputée sous un soleil de plomb, cette rencontre est l'histoire d'un duel silencieux (encore une fois, il faut remarquer que le public est plus calme, moins bruyant, lors des jours de canicule) qui se règle au flingue, entre hommes. Les visages cramés ou rougis par le soleil, sur un court qui semble soudain aussi grand que Monument Valley, Sampras et Courier vont composer une partition parfaite autour du thème du serveur volleyeur qui joue au chat et à la souris avec un attaquant de fond de court. Leurs jeux se complètent à merveille. Ils se font briller. Un affrontement à la loyal pour une histoire de territoire. Pour une histoire de moral. Impressionnant.


1995
1/4 - Muster bat A. Costa, 6/2 3/6 6/7 7/5 6/2

Grand match de terrien, très tactique et très physique, durant lequel Muster faillit y laisser sa peau.

1994
2è tour - Muster bat Agassi, 6/3 6/7 7/5 2/6 7/5

En 2001, quelques zozos ont décidé de tuer les épreuves du Grand Chelem en faisant passer le nombre de têtes de série de 16 à 32. Avant ce choc terrible qui a tout foutu en l'air, on pouvait assister à des affiches gigantesques dès les premiers tours. Ainsi, Connors joua Panatta au premier tour en 1980, Mcenroe joua Cherkasov au premier tour en 1991, Sampras joua Philippoussis au premier tour en 2000 etc etc ... Mais le plus inoubliable de ces blockbusters resta sans doute cette rencontre du deuxième tour entre Muster et Agassi en 1994. Ce bras de fer terrible est sans doute le plus beau qui n'ait jamais eu lieu sur le Court Suzanne Lenglen. Après un combat terrible, viril, poilu, où l'autrichien et l'américain se sont battus à coups de marteau-piqueur, à coups de pelleteuse dans la gueule, les deux joueurs se sont longuement parlés pendant la poignée de main, vraisemblablement pour se rendre hommage ... Et pour conclure, Muster tapota doucement et tendrement la joue d'Agassi avant d'aller serrer la main de l'arbitre. Cette main de celui qui fut surnommé le bucheron et "musterminator" sur la joue du non moins bucheron et velu américain Agassi fut un moment d'une sensualité inouïe. D'autant plus inouïe qu'elle intervint après plusieurs heures de violence extrême pendant lesquelles les deux artistes ne se sont pas fait de cadeaux.







1993
finale : Bruguera bat Courier 6/4 2/6 6/2 3/6 6/3

Après avoir mis des roustes à tout le monde, Bruguera et Courier, les deux meilleurs joueurs de terre battue de la première moitié des années 90, livrent une bien belle bataille pour cloturer un tournoi un peu terne (comme le temps, définitivement gris en 1993). Si ce match toucha, c'est aussi parce qu'il marqua la fin de la supprématie de Courier sur terre. Mais Courier allait, dès la remise des trophées, montrer une facette de lui, qu'on ignorait presque. Celle d'un homme plein d'humour, décalé. "L'année dernière je parlais français comme une vache espagnole ... Cette année, j'ai joué contre une vache espagnole" lança le natif d'Orlando après le match devant un stade hilare. Après ce match - plus important que beau -, Courier n'allait plus jouer qu'une seule finale sur terre, mais on allait aussi découvrir un autre Courier. Un Courier qui lit un roman aux changements de côté (Masters 1993), ou qui cueille une fleur dans un pot situé au bord du court après un passing en bout de course contre Kucera (Roland Garros 1996). Nadal deviendra-t-il lui aussi un personnage poétique après sa première défaite à Roland Garros ?

1992
1er t : Kulti bat Mcenroe, 6/2 7/5 6/7 7/5

Dernier match de Mcenroe à Roland Garros, qui quitte le court en ayant visiblement envie de pleurer. En 1984, on pensait encore qu'il pourrait gagner en 1985. Cette fois, on ne peut plus rien penser du tout. Plus que les yeux pour pleurer. Le joueur le plus génial de tous les temps ne gagnera jamais chez nous. Une seule solution : se persuader que les plus belles carrières sont celles auxquelles il manque quelque chose. Hitchcock vantait souvent la qualité de l'imperfection. C'était un grand cinéaste, il avait donc certainement raison.


1991
3è tour : Chang bat Connors, 4/6 7/5 6/2 4/6 0-15 ab.

On peut écrire un livre, une thèse, un roman, un mémoire, à partir de ce match qui a opposé un sénior (Connors, 38 ans, 21 ans de tennis pro) et un junior (Chang, 19 ans, 4 ans de tennis pro, vainqueur du tournoi en 89) et qui vit Papy Connors inquiéter sérieusement celui qui avait fait l'effronté sur ce même court deux ans plus tôt face à Lendl. "Je n'avais jamais vu d'ovation pour un abandon" déclara après le match l'ancien joueur roumain Ion Tiriac. Mais le public ne s'était pas trompé. Connors - qui trouva la force de gagner le dernier point sur un retour gagnant avant de se retirer, épuisé - est bien la superstar des superstars du tennis.

1990
1/8 - Leconte bat Chesnokov, 6/4 6/3 4/6 2/6 6/3

Après la cassure de 1988 (Discours maladroit à Roland Garros, Jeux Olympiques ratés et sifflets à Bercy), le public français n'a pas attendu la finale de la Coupe Davis 1991 et la victoire de Leconte sur Sampras pour se réconcilier avec lui. Dès le tournoi de Bercy 89, Leconte redevient un chouchou aux yeux de son public. En 90, après un formidable tournoi de Monte Carlo où il torcha tranquillement Gomez et Mancini sur la route des demi-finales, Leconte joue le feu à Paris. Particulièrement en 1/8è de finale, où il sort celui qui faisait figure de sérieux outsider pour ce RG 90, Chesnokov. Gigantesque à la volée (certaines volées amorties de ce match sont parmi les plus gracieuses et les plus dingues jamais réalisées de toute l'histoire du tennis), totalement casse-cou et imprévisible en fond de court, Leconte-le-romantique a de nouveau tout le public et toute la France derrière lui. Il n'attendait que ça pour pétarader une fois de plus Porte d'Auteuil. Plus généreux que jamais, il colle au plus près de la demande et des désirs du public pour finir par donner l'impression de l'emmener avec lui dans ses grandes croisades. L'aventure de Riton devient un voyage à plusieurs, une aventure collective. Henri Leconte contre Chesnokov en 1990, c'est Klaus Kinski dans "Aguirre" de Werner Herzog. C'est Martin Sheen dans "Apocalypse Now". C'est Bernard Menez dans "Pleure pas la bouche pleine". C'est Jean-Paul Belmondo dans "Cartouche". C'est James Cagney dans "The White Heat". Inoubliable.

1989
1/8 - Chang bat Lendl, 4/6 4/6 6/3 6/3 6/3

Le match le plus étrange de ces 30 dernières années s'est joué sur le central de Roland Garros, en 1989. Qui n'a jamais vu Chang, 17 ans à peine, à bout nerveusement et physiquement, servir à la cuiller pour surprendre le vieux Lendl ? Qui n'a jamais vu Chang se positionner sur le carré de service pour retourner le service de Lendl sur la balle de match ? Qui n'a jamais vu Chang faire des cloches pour épuiser physiologiquement l'édifice tchèque ? Qui n'a jamais vu tous ces tours de passe-passe de l'américain ? Qui n'a jamais vu la mère de Chang souffler en direction de son fils depuis les loges comme si elle lui insufflait des pouvoirs magiques ? Vous ? Alors, nous n'avez jamais rien vu ! La décennie 80 se termine. Le joug Lendl aussi. La victoire de Chang sur Lendl est celle qui annonce le mieux (bien mieux que celle d'Agassi sur Connors à l'US open en 88 et 89) la supprématie à venir du carré d'as américain composé par Chang, Courier, Sampras et Agassi. Un match historique. Un match sidérant. Un chef d'oeuvre, aussi.



1988
1/8 - Lendl bat Mcenroe, 6/7 7/6 6/4 6/4

Remake by night et sous la flotte du chef d'oeuvre de 1984. De l'eau a coulé sous les ponts depuis. Lendl est devenu un ogre et Mcenroe court après sa gloire passée. La cote d'amour des deux joueurs vis à vis du public n'est par ailleurs plus du tout la même qu'en 1984. Le public s'est rendu compte que Lendl était plus chiant que brillant, et Mcenroe - Connors n'étant pas là cette année là - est devenu le chouchou numéro 1 du parisien, l'attraction, l'homme à voir absolument. Concernant la relation entre les deux hommes, elle s'est détérioré. Mcenroe en veut à mort à Lendl. Il lui en veut d'être numéro 1, il lui en veut d'être le meilleur. Profondément, tragiquement. Ils n'ont jamais été frère, ils n'ont jamais été amis, mais la rencontre a la force d'une tragédie grecque. Mcenroe, excellent en fond de court et très inspiré dans ses courses vers l'avant, n'est pas loin de mener deux sets à zéro ... jusqu'à ces deux terribles incidents dans le deuxième tie-break. L'arbitre ne veut pas descendre de sa chaise pour vérifier la trace d'un passing de Lendl que Mcenroe avait vu dehors, et qui semble effectivement très limite. Pendant la (longue) contestation de l'américain, Lendl part pisser (ou peut être même chier), comme s'il n'en avait rien à foutre. La direction du tournoi est obligé d'intervenir pour calmer le public, qui hurle "Mcenroe ! Mcenroe !". Le casse du siècle.
1987
pas de grands matches en1987

1986
pas de grands matches en 1986

1985
1/8 - Leconte bat Noah, 6/3 6/4 6/7 4/6 6/1

"C'était la France divisée en deux" déclara un jour Noah, quelques années après le match. Les deux français avaient pourtant le même jeu et présentaient de nombreuses similitudes. Ils partaient tous deux sans arrêt à l'abordage, ils aimaient le show, ils jouaient la Coupe Davis ensemble, et avaient même remporté Roland Garros en double un an auparavant. Mais ils avaient chacun leur public. Ceux qui aimaient le côté grand frère déconneur et un peu comédien de Noah n'étaient pas forcément les mêmes que ceux qui étaient touché par le romantisme fragile et la générosité parfois maladroite de Leconte. C'est, à ce jour, le dernier match franco-français ayant suscité un tel enthousiasme.

1984
finale - Lendl bat Mcenroe, 3/6 2/6 6/4 7/5 7/5

D'un point de vue strictement dramaturgique et scénaristique, la rencontre est de meilleure qualité que n'importe quel chef d'oeuvre d'Alfred Hitchcock, de King Vidor, de Fritz Lang, de Jean Renoir, de Julien Duvivier, de Frank Capra, de Michael Curtiz, de George Cukor, d'Henry King, d'Howard Hawks, de John Ford, de Raoul Walsh, d'Ernst Lubitsch, de Jacques Tourneur, d'Henri-Georges Clouzot, de Billy Wilder, de Delmer Daves, d'Anthony Mann, de Michael Powell, de Robert Aldrich, de Robert Wise, de John Huston, de Jacques Becker, d'Elia Kazan, de Luchino Visconti, de Roberto Rossellini, de Luis Bunuel, d'Akira Kurosawa, de Nicholas Ray, de Stanley Donen, d'Otto Preminger, de Dino Risi, de Martin Scorsese ou encore de Francis Ford Coppola. On a déjà tout dit sur ce match. Sur tout ce qui opposait le génial et colérique gaucher au laborieux et austère droitier. Sur le fait que ces deux joueurs ont fini par se détester. Sur le fait que Mcenroe devait gagner en trois sets sur cette terre battue qui n'aura jamais vraiment sied à son jeu. Sur le temps magnifique qu'il faisait à Paris ce jour là. Sur le silence religieux qui régnait sur le central pendant le récital de Mcenroe. Sur ce tennis de rêve qu'a pratiqué l'américain pendant 2 sets et demi. Sur ces ombres qui ont gagné le court au fur et à mesure que Lendl reprenait du poil de la bête. Sur cet incident survenu au début du troisième set, et qui a vu Mcenroe se laisser déconcentrer par le bruit surgit d'un casque d'un journaliste américain travaillant au bord du court. Sur ces balles de break qu'a obtenues Mcenroe au 3è set. Sur la détresse de Mcenroe après cette défaite improbable. Sur son impossibilité de ne pas regarder Lendl soulever la coupe pendant la remise des trophées. Sur cette déclaration terrible du commentateur Hervé Duthu à l'issue du match à son complice JP Loth : "J'ai envie de pleurer, Jean-Paul". En 84, on pouvait encore se dire que Mcenroe gagnera l'année prochaine. Aujourd'hui, la carrière de Mcenroe est terminée et on sait qu'il n'a jamais gagné à Paris. On a envie de pleurer Jean-Paul.

La joie de l'austère Lendl et la détresse du génial Mcenroe.

1983
1/4 - Noah bat Lendl 7/5 6/2 5/7 6/0


Vainqueur du tournoi d'Hambourg quelques jours avant le début des internationaux, Noah sent que c'est enfin son heure. Le public l'a senti aussi. Après une première semaine sans histoire, le voilà face à Lendl. Lendl n'était pas encore le grand Ivan, il était encore dans sa période "poule mouillée" - pour reprendre les mots de Connors -, mais qui était déjà "un sacré client" - pour reprendre l'expression favorite d'Henri Leconte. Leconte qui justement avait infligé à Lendl l'une des plus grandes raclées de sa carrière quelques semaines auparavant, à Forest Hills. En jouant comment ? En attaquant à outrance et en restant prudent en fond de court. Noah parvint à faire de même à Paris.


1982
finale - Wilander bat Vilas, 1/6 7/6 6/0 6/4


Le plus beau festival de cloches qui n'ait jamais eu lieu sur le central. A revoir le match aujourd'hui, ce qui frappe le plus est l'absence du petit jeu de jambes de Wilander et de Vilas. Le suédois et l'Argentin n'en ont pas besoin. Leurs balles hautes, flottantes, leurs ronds terribles et terrifiants, leur permettent effectivement de prendre tout leur temps entre deux coups de raquette. Les fautes directes sont rares. Ils restent tous deux sctochés sur la ligne de fond, semblent ne pas prendre d'initiative, semblent vouloir épuiser l'autre avec le supplice de la goutte d'eau. Le court central est inondé de soleil. Il fait chaud, le temps s'est arrêté, et on a l'impression que ce match interminable de 4h40 n'a compté qu'un seul et unique point tant ils se ressemblent tous. Etonnante impression de fluidité et de continuité. Une fluidité lénifiante dont on ne ressort pas indemne. On en ressort même lessivé, en se jurant qu'on ne nous y reprendra plus. Voir Wilander / Vilas est une expérience unique qui, en cinéma, équivaudrait à la première vision d'un film de Godard des années 80, à la première vision d'un film de Duras, ou du "Jeanne Dielman" de Chantal Akerman. Aux critiques et écrivains qui doivent pondre un texte ou un essai sur la notion de durée dans l'Art (thème essentiel), n'oubliez pas Wilander / Vilas.

1981
1/4 - Pecci bat Noah, 3/6 6/4 6/4 6/4

Du tennis champagne de part et d'autre. Du tennis magique. Limite si le gazon n'a pas poussé sur la terre du central pendant le match. Quand l'un fait une volée plongeante, l'autre surrenchérit en faisant un passing décroisé en bout de course et ainsi de suite. Deux forts en gueule face à face. D'un côté, le gamin de Sedan (et non de Yaoundé), qui commence à prendre du galon, du poids, et de l'envergure. Son jour J n'est plus très loin. De l'autre, le vieux briscard de Montevidéo, dont c'est là le dernier match important remporté en grand chelem. Deux beaux mecs. Deux bogossitudes différentes. La coupe affro soignée de Noah face à la nuque longue effet cheveux gras de Pecci. Sympathique.

1980
3è tour - Connors bat Caujolle, 3/6 2/6 7/5 6/1 6/1

En 1980, le joueur le plus populaire Porte d'Auteuil n'est ni Noah, ni Nastase, ni Borg (ouh que non !), mais Connors. Avant de jouer Noah en 1/8è, Connors avait joué et battu, un autre français : Jean-François Caujolle. Celui-ci avait été à deux doigts de l'emporter, et n'avait pu compter sur le soutien du public, entièrement acquis à la cause de Connors. Caujolle, gueule de marginal, quelque part entre Pierre Clémenti et mon oncle Benjamin, sortit sous les sifflets. Pour se rappeler que le public parisien n'a pas toujours été chauvin. Pour se rappeler aussi que Connors n'était pas que le chouchou de son peuple (les américains), mais le chouchou de tout le peuple du tennis. Près de 30 ans plus tard, les comptes sont les mêmes. Connors reste la plus grande star de l'histoire de ce sport à ce jour.

1979
1/2 - Pecci bat Connors, 6/4 7/5 5/7 6/3

Match disputé sous un temps de Toussaint. Pecci, 29è mondial avant le début du tournoi, belle gueule de sud-américain style film de Walter Hill, diamant incrusté dans l'oreille (hallucinant pour un tennisman à l'époque), attaquant acharné, devient une vedette en sortant la plus grande star de tous les temps, l'américain Jimmy Connors. Le match, ponctué de nombreux points gagants, de multiples coups d'attaque et morceaux de bravoure, donne enfin l'occasion au public parisien - alors pas encore tout à fait remis du somnifère Vilas / Borg de 78 et de la nullité de l'édition 77 - de s'enflammer.

1978
3è tour - Ashe bat Kodes, 4/6 6/3 7/6 6/4

Le court central est rempli à rabord, et inondé de soleil. Nous sommes le vendredi 2 juin 1978. A presque 35 ans, l'américain Arthur Ashe (qui n'avait pas encore contracté le virus HIV, mais qui était déjà noir) affronte le double vainqueur de l'épreuve, Jan Kodes, ce tchèque qui avait mit un terme à l'hégémonie des Australiens à Paris en 1970. Le public parisien prend bien évidemment parti pour l'attaquant américain, bien plus beau, agréable, et émouvant à regarder jouer. C'est la grande époque du public parisien, qui faisait alors encore toujours les bons choix. Ashe monte au filet sur chaque point. Le match, sublime, dépasse même le cadre du sport lorsque, Ashe, terrassé par les crampes, n'arrive plus à marcher. Silence de plomb. Craignant l'abandon, le public retient son souffle et, curieusement, ne fait pas un bruit. La superstar américaine, derrière ses lunettes noires, est seule. Ashe se recroqueville sur lui-même, touche ses pointes de pied avec ses mains pour tenter de faire passer la douleur. Seul avec ses crampes en plein milieu du central. Seul avec son ombre, seul avec sa raquette. Les ramasseurs de balles veulent venir à son secours mais il les repousse d'un geste de la main : le règlement l'interdit. Il reprendra le match encore crampé, après quelques secondes d'hésitation, et toujours dans un silence de cathédrale. Le temps s'est arrêté quelques secondes. Sublimes instants - que l'on doit moins au dispositif qu'au charisme d'Arthur Ashe - exacerbant à l'extrême la solitude du joueur de tennis sur un court.

JP.


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