mercredi 22 avril 2009

Glossaire : qui est qui ?

Rafael Nadal
L'homme qui valait 3 milliards. Un super héros. Un sportif à la générosité et à la disponibilité irréprochables. L'un des plus grands joueurs de tous les temps. L'un des plus grands sportifs actuel. Le patron des patrons, affolant labeur et dégoulinant de réussite crasse. Il n'a que 22 ans (il fêtera ses 23 ans le 3 juin), mais il a déjà presque tout gagné. C'est son job : tout gagner. Telle une machine. D'ailleurs les 9/10è de ses gestes paraissent obéir à l'habitude et à l'automatisme. Il semble ne subordonner plus aucun de ces gestes à la pensée et à l'aléatoire. A force de travail, Nadal a réduit à l'extrême sa "gestus". Il n'y a rien de superfétatoire. D'où peut-être l'absence d'émotion qui accompagne parfois ses victoires. Vous noterez que lorsqu'il gagne un tournoi, Nadal s'écroule par terre, fronce les sourcils, ferme les yeux et ... essaie de faire sortir des larmes de joie ... qui ne viennent jamais. La chronique absence de ses larmes a sans doute quelque chose d'un peu pathétique. Toujours est-il qu'il sidère ceux qui se demandent comment il arrive à se motiver pour en vouloir toujours plus. Sa carrière deviendra sans doute plus intéressante quand elle commencera à ne plus compter que des hauts, mais aussi des bas. Pour l'instant, la logique du forcené prend le pas sur le reste. Cette logique - voir gagner celui qui travaille le plus - semble particulièrement réjouir les CSP + et les libéraux, mais aussi les classes les plus défavorisés, qui trouve peut-être matière à rêver dans la "story Nadal", dans l'histoire de ce gamin de Majorque à l'allure un peu vilaine et grossière qui est en train de devenir l'un des plus grands sportifs de la décennie en cours. Il est moins apprécié des artistes, des authentiques amateurs du beau jeu, des fous du quartier Montparnasse, des membres de la fédération anarchistes, des garçons de café, des dadaïstes, des surréalistes, des africains du quartier Simplon, et des nostalgiques de Tim Mayotte et de Kevin Curren. Nul ne peut ignorer cependant son importance. Ses réfractaires peuvent toujours se dire que plus la série s'allonge, plus l'émotion sera forte lorsqu'elle prendra fin. Mais prendra-t-elle vraiment fin un jour ?


Va-t-il lui aussi mourir à 33 ans ?

Roger Federer
On ne peut être qu'admiratif devant son palmarès, immense. On ne peut être qu'admiratif devant son jeu, génial. Mais on peut être aussi sans doute agacé par son manque de modestie (mais peut-il en être autrement avec les champions de cette trampe), son manque d'humilité, son abnégation à ne pas reconnaître la supériorité actuelle de Rafael Nadal, de quiconque, son manque total d'humour et d'auto-dérision, et la nullité de ses analyses d'après match. Federer veut battre tous les records et il n'y a plus que ça qui l'intéresse aujourd'hui. Gagner. Battre des records. Être le meilleur. Gagner. Soulever des trophées. Le suisse ne s'intéresse qu'à des verbes, des gestes. Il ne s'intéresse pas à ses adversaires. Il s'en fout de battre Nadal ou un joueur classé -15. Il veut juste gagner. Néanmoins, ce monstre d'une profonde tristesse intellectuelle a commencé à devenir intéressant en début d'année, en versant quelques larmes après sa défaite à l'Open d'Australie. Le masque du monstre commence petit à petit à tomber. N'en doutons pas, au fur et à mesure qu'il va chuter au classement, et à fur et à mesure que la légende va devenir une ex-légende, Federer sera de plus en plus intéressant. Sa défaite au premier tour de Wimbledon 2013 sera un moment d'émotion intense.

Roger Federer, un homme simple.

Gilles Simon
Avec son côté à la fois bon petit diable et joueur-d'échec-deuxième-de-la-classe-et-excellent-en-histoire-géo, il en énerve certains, y compris dans le milieu. Mais comme disait Eustache, il faut parfois déplaire à certains, pour plaire tellement à d'autres. Avec son petit service (tout est relatif), son formidable jeu de contre, et son merveilleux sens tactique (il a rendu fou Nadal et Federer l'année dernière en ayant un seul objectif, et non des moindres : faire moins de fautes directes qu'eux), il est sans doute capable de beaucoup. S'il n'était pas talentueux, on dirait de lui qu'il a des résultats énormes. Mais comme il l'est, on attend mieux. Et on est forcément déçu de constater qu'à 25 ans, il n'a joué qu'un seul 1/4 en grand chelem, et qu'il n'a gagné que des petits tournois. Dans le numéro 20.000 de l'équipe, daté du vendredi 10 avril 2009, l'athlète Ladji Doucouré, qui a évolé dans le giron de Tsonga, Monfils et Simon, parle très joliment et bien du niçois : "l'image que je garde de Gilles, c'est celle de ce petit bonhomme qui avait du mal à résister à la taille et au poids de son sac de raquettes ... Il était la peluche de toutes les filles ... Un sacré malin ... Après les cours, il se dépêchait d'investir la salle de télé. Si on s'avisait de lui piquer de lui piquer la télécommande quand il regardait Loft Story, il appelait le surveillant, qui se laissait attendrir par son regard de nounours. Gilles, c'est un blagueur. Il provoquait sans distinction, persuadé que personne n'oserait sans prendre à si petit".

Juan-Carlos Ferrero
En début de décennie, il créchait au George V, dînait au Pré Catelan, déclenchait l'hystérie des demoiselles lorsqu'il faisait trois pas dans les allées, et jouait tous ses matches sur les grands courts. Aujourd'hui, il dort, au mieux, au Mister bed de la porte de la Vanves, il dîne au KFC de Marcel Sambat, les jeunes ne savent plus de qui il s'agit, plus aucune fille ne crie, et il est devenu un habitué du court numéro 6 et du court numéro 17. L'année dernière, il abandonna au premier tour contre le brésilien Daniel dans l'indifférence générale. Un destin horrible, qu'on ne souhaiterait même pas à son pire ennemi.

Andy Murray
Le Mats Wilander des années 2000. Immense tacticien, bon sur toutes les surfaces et dans tous les compartiments du jeu, bon en contre comme en attaque, l'écossais est actuellement le seul qui parait capable de barrer la route à Nadal et Federer. Un peu bad boy à ses débuts, il s'est assagi. Il a un côté autiste, sage, réservé - son ex entraîneur, Brad Gilbert, dit de lui qu'il est sans doute le seul écossais à ne pas aimer traîner dans les pubs et l'alcool - mais il a aussi un côté petit génie, petit prodige. Il n'a pas encore SON match gigantesque en grand chelem. ça viendra. Pourquoi pas cette année, à Wimbledon ?

Ivan Ljubicic
Avec son crâne rasé et son côté posé, il donne l'impression d'être le doyen, le chef, le grand frère, le protecteur, le "papa" de tous les joueurs du circuit. Il est d'ailleurs l'un des rares père de famille du circuit. Aujourd'hui malheureusement un peu à la traîne, et très loin de la 4è place qu'il occupa en 2006, le charismatique Ivan reste néanmoins le propriétaire de l'un des plus beaux revers du circuit, exécuté avec un geste très ample, très exagéré, qui nécessite une rotation des épaules maximale. Quand Ljubicic fait un revers, on voit un peu un samouraï sortir son sabre. Le classement n'est plus le même, mais le geste n'a pas changé. Même loin de son meilleur niveau, Ljubicic nous emmène toujours en voyage.


Ljubicic, entre HPG et le Grand Frère de TF1.

Richard Gasquet
Plongé dans le monde du tennis par ses parents, ce petit mousse talentueux et un brin looser est le joueur du top 100 qui parait le moins aimer le tennis. A l'écouter, ce "Caliméro" n'est jamais responsable de ses défaites. C'est le vent, la chaleur, la difficulté du tirage, la fatigue, la raquette, le public, les soirées DJ avec Bob Sinclar, l'abitre, le temps, mais jamais lui. On exagère à peine. Ni héros, ni star, ni anti-star, ni anti-héros, il est une sorte de pâte molle totalement égarée dans le cosmos et incapable de mettre un peu de poésie dans la manière dont il fait de son parcours un désastre. Il faut être sacrément bien luné et pas très regardant pour lui trouver du charme. Le plus gros gâchis de ces dernières années. Il est actuellement dans la tourmente : le journal l'équipe a révélé le 9 mai qu'il avait été contrôlé positif à la cocaïne lors du tournoi de Miami. Il ne jouera pas Roland Garros cette année, comme l'année dernière.

Novak Djokovic
Joueur souvent brillant mais sans intérêt. Ce serbe ex-pédant était pétri d'ambitions il y a encore quelques mois. Il les a sans doute revu à la baisse, forcé qu'il a été de comprendre qu'il ne regagnera pas un tournoi du grand chelem de sitôt. Depuis quelques temps, Djokovic ne ramène plus sa gueule, ne signale plus qu'il a pour objectif d'être le numéro 1 et de gagner tel ou tel grand chelem.

Lleyton Hewitt
L'australien est aujourd'hui dans le même cas qu'un Juan-Carlos Ferrero ou qu'un Marat Safin. Comme eux, il dominé le tennis mondial avant l'arrivée de Federer et avant de considérablement chuter au classement. Toujours dangereux, toujours apte à titiller les gras doubles (il avait failli sortir Nadal en 2007 à Hambourg, et avait fait un match sublime l'année dernière à RG contre Ferrer), il donne cependant l'impression d'être totalement détaché du circuit, de ne plus avoir d'objectifs précis, d'être un touriste du circuit, un ancien (de seulement 28 ans) qui passe de temps en temps faire une (souvent brillante) apparition, mais qui finit après chacune d'elle par se faire rappeler qu'il n'est plus dans le coup. A ce niveau là, on ne peut pas ne pas penser au film Sunset Boulvard de Billy Wilder. Ceux qui ont vu le film comprendront. Les autres peuvent aller le louer au Videosphere, ou passer chez moi, dans le 17è, pour l'emprunter.

Thomas Muster
10 ans déjà que l'autrichien a joué son dernier match professionnel. C'était à Roland Garros, sur le court numéro 2, face à l'équatorien Lapentti. Mais Thomas est toujours là. Il est en chacun de nous. Il est dans chacun de nos gestes. Le tennis, c'est comme le reste, comme la vie, comme le cinéma, comme la littérature, ou comme la peinture, il y a des joueurs qui en influence d'autres. Pire, il y a des joueurs qui "n'existeraient" pas si certains n'avaient pas été là. Par exemple, de la même manière que les films d'Eisenstein des années 20 ont totalement influencé les réalisateurs de publicités d'aujourd'hui, Rafael Nadal ne serait pas là où il en est, ne serait pas à ce niveau de pugnacité de volonté et de courage, si Thomas Muster n'avait pas (en prolongeant le travail de Vilas) ouvert la voie à un tennis brutal et guerrier. Pour lancer une gigantesque polémique, on pourrait dire que Nadal est à Muster ce que la publicité pour le sucre Canderel est au Cuirassé Potemkine.

Thomas Muster en train de faire un cuni au gazon du queen's.


Mischa Zverev
Un OVNI. Un joueur gaucher au jeu tout en toucher et qui attaque à tout va, sans utiliser la force ! ça existe encore ça ? Oui, il s'appelle Zverev. Avec une toute petite pointe de talent supplémentaire, il pourrait faire des ravages. Pour l'instant ces volées ne sont pas toujours suffisamment incisives et ses courses vers l'avant manquent de sel. Mais son jeu fragile, pas très serein, un peu casse-cou, est sublime. A mi-chemin entre Krishnan, Wilkison, Mcenroe et Rusedski (!) il est l'une des stars du moment des inconditionnels du tennis d'attaque.

Marcos Baghdatis
Sa bonne gueule de nounours inquiet et son impressionnant jeu de contre et de défense ont fait de lui un des joueurs les plus appréciés des amateurs de tennis. Après plusieurs blessures, le chypriote a considérablement chuté au classement et peine aujourd'hui à retrouver son meilleur niveau. N'en demeure pas moins un joueur extrêmement accrocheur, capable de titiller ou de battre n'importe qui. Si Baghdatis séduit, c'est aussi parce qu'il s'inscrit dans la ligné de ces joueurs pour qui le tennis n'est pas tout. Baghdatis a une vie en dehors du tennis, et ça se sent. Avec son look "20è arrondissement", il ne serait pas si étonnant que ça de le croiser dans un rade de Belleville après un match, encore vêtu de son polo sali par la terre battue et la sueur, pendant que Nadal est bien sagement en train de se brosser les quenottes en pyjama à l'hôtel George V. Un vrai de vrai. Vous me direz que Nadal a un palmarès que Baghdatis. Certes, mais le chypriote compte sans doute plus d'aficionados que l'espagnol.


Chris Guccione
Pur serveur volleyeur, à l'ancienne. Malheureusement pour lui, pour le spectacle, et pour nous, ce grand australien est encore maladroit au filet, et plutôt très fragile en fond de court. Le jour où il deviendra régulier au service, où il sera moins appliqué, moins scolaire, et plus naturel au filet, où il aura plus confiance en lui en fond de court, Federer et Nadal ne gagneront pas plus de 5 jeux contre lui à Wimbledon.


Quand Chris Guccione s'éveillera ...

Paul-Henri Mathieu
Voilà un joueur français drôlement capable. Capable de quoi ? ça, on ne sait pas trop, mais il drôlement capable. Sans vouloir lui coller la biffe, il n'a pas atteint les 1/4 de finale dans un tournoi Masters 1000 depuis 2005 (c'était au Canada), et il n'a jamais dépassé les 1/8è de finale en Grand Chelem. Bref, personne n'écrira une biographie sur lui lorsqu'il sera mort. On ne compte plus les matches qu'il a perdu sur le fil face à des grands du jeu. On ne compte plus les occasions manqués. Mathieu donne depuis des années et des années l'impression de gâcher son talent. Bon sur toutes les surfaces, très mobile, parfois très puissant, PHM encaisse toutes les déconvenues en silence. Pas un mot de travers. Pas une contredanse. Rien. Un vrai pervers.

Florent Serra
Deux le matin, un à midi, un le soir. Le meilleur somnifère au monde.

Andy Roddick
"Les choses tristes, douloureuses, plus belles pour l'esprit, y trouvent plus de prolongements que les choses heureuses. Le mot soir plus beau que le mot matin, le mot que le mot jour, le mot automne que le mot été, le mot adieu que le mot bonjour, le malheur plus beau que le bonheur, la solitude plus belle que la famille, la société, le groupement, la mélancolie plus belle que la gaieté, la mort que la naissance. A talent égal, l'échec plus beau que le succès. Le grand talent restant ignoré plus beau que l'auteur à grands tirages, adoré du public et célébré chaque jour. Un écrivain mourant dans la pauvreté plus beau qu'un écrivain mourant millionnaire. L'homme, la femme qui ont aimé, ont été aimés, finissant leur vie dans une chambre au dernier étage, n'ayant pour fortune et pour compagnie que leurs souvenirs, plus beau que le grand-père entouré de ses petits-enfants et que la douairière encore fêtée de son aisance. Y'a-t-il au fond de nous, plus ou moins, un désenchantement, une mélancolie qui se satisfont là - et qu'il faut détester et rejeter comme un poison ?". "Notes retrouvées", 1942. Ces quelques lignes de Paul Léautaud en guise de préambule pour évoquer le cas d'Andy Roddick, l'une des (rares) stars des années 2000. Comme ce fut le cas pour Ivanisevic (les similitudes sont nombreuses entre Roddick et le croate), Roddick est passé à côté d'une gigantesque carrière. Mais ces quelques lignes sont là pour nous rappeler que même si sa carrière est un "désastre", elle est l'une des plus belles. Le premier constat est la cause du deuxième. Seul le néant est perfection. Même la carrière des Sampras, des Federer, des Borg et des Nadal ne sont pas parfaites. A Sampras et Federer, il aura manqué Roland Garros. A Borg, il aura manqué l'Open d'Australie et la longévité. Nadal, lui, n'aura jamais bénéficié du soutien et de l'amour de nombreux authentiques amateurs de tennis. Mais revenons à Roddick : on ne compte plus ces occasions manquées, ces matches qu'il n'aurait pas dû perdre, bref ces défaites qui trouvent plus de prolongements dans l'esprit du spectateur que n'importe quel victoire nette et sans histoire de Nadal. Il aime la castagne mais, comme Goran, est parfois un peu juste mentalement. Comme Goran, ou même comme un Leconte ou un Noah, Roddick est une sorte de romantique toujours présents parmi les meilleurs mais qui ne brille vraiment que par à-coups, en fonction de ses envies du moment. Mais Roddick s'en fout d'être le premier, et c'est sans doute mieux comme ça. Roddick n'a gagné qu'un seul tournoi majeur (US Open 2003) et tentera jusqu'à la fin de sa carrière d'en décrocher un deuxième. Il y parviendra sans doute. A la toute fin de sa carrière. A l'arrache. En catimini. Un Wimbledon 2013 où ni Nadal ni Federer seront là. Et ce sera une émotion formidable, semblable à celle qu'on a connue lors de la victoire d'Ivanisevic en 2001.


Andy Roddick en train de guetter si personne ne le voit en train de se frotter la queue contre le gazon anglais.

Fernando Verdasco
Avec sa gueule de caissier en CDD dans une boutique de fringues d'un centre commercial, ce faux beau gosse à la vraie gueule d'enculé fait parti de ces "greed", de ces crocodiles rapaces et souvent sinistres qui ne lâchent rien (pas ou peu de fautes directes, solide en fond de court, des montées au filet uniquement pour serrer la main de l'adversaire) et qui sont capables de foutre un tableau et un tournoi en l'air en écartant sur leur route tous les héros de la balle jaune. Il est à peine moins emmerdant à regarder jouer que Robredo. A fuir !

Radek Stepanek
L'un des rares authentiques artistes du top 100. Il n'a jamais gagné de Masters Series, n'a jamais dépassé les 1/4 de finale en Grand Chelem, mais c'est une sorte de star. Décrit comme quelqu'un de très drôle et d'un peu allumé, ce talentueux tchèque à la gueule de cousin un peu éloigné mais pas trop d'Ivan Lendl, fait autant parler de lui pour ses résultats et son attitude sur les courts que pour ses emplettes en dehors. Après avoir partagé la couette de Martina Hingis, il monte sa compatriote Vaidisova depuis quelques mois. Mais laissons ça aux amateurs d'actus people ! Il est avant tout un attaquant de génie, un serveur volleyeur au jeu malicieux et gracile et au toucher de balle souvent bluffant. Avec son jeu précis et à plat, il n'a peur de personne. Il a déjà emmerdé Nadal sur terre, il a déjà battu Federer, Davydenko, et Djokovic. Il a un tempérament de feu. Extraverti, il aime faire le show, et n'hésite pas à en faire trop parfois, par exemple en faisant le tour du terrain après une victoire, en haranguant la foule ou en faisant des sauts de cabri.

David Ferrer
Le plus humain et le plus sympathique des joueurs espagnols, en dépit d'un jeu de métronomique et un peu systématique. Ferrer est comme conscient de ses limites, il ne change jamais son jeu, ne s'écarte pas de sa ligne de conduite. Et s'il n'y avait pas que le tennis dans sa vie ? Ses résultats sont moins bons depuis quelques mois à la suite, parait-il, d'une déception amoureuse. Ferrer ferait donc peut être parti des romantiques du Top 20, avec Tsonga, Roddick, Blake, Nalbandian, Wawrinka ou encore Gonzalez.

Jo-Wilfried Tsonga
La plus grande star du tennis français depuis Noah et Leconte. Comme eux, il est d'une générosité sans borne, présente des signes de fragilité physique (son corps lui a souvent joué des sales tours), et comme eux, il ne joue jamais aussi bien que sur des grands courts, contre des grands joueurs, dans des grands tournois. Tsonga est un romantique qui, comme Leconte, marche à l'envie et au moral, et qui a besoin de se sentir soutenu et aimé. Ainsi, après un début de saison sur terre battue très mauvais, nul doute que le manceau sera dur à battre à Paris. Tsonga est un flambeur qui, comme Noah, aime l'épate et les ambiances électriques. On ne l'a pas vu à Roland Garros depuis sa défaite au premier tour contre Roddick en 2005. On ne l'a pas vu à Roland Garros depuis qu'il est au top. Il n'a d'ailleurs jouer que 7 matches sur terre battue depuis le début de sa carrière. Il ne peut donc véritablement connaitre son potentiel sur cette surface ... A priori, un match sur terre contre Verdasco, Ferrer, Robredo, Nadal, Guccione, ou même contre Federer et Djokovic pourrait être très très compliqué. Mais prudence ! On sera enfin fixé cette année.

Fernando Gonzalez
Que cela soit concernant son jeu, son attitude ou sa gueule, il est dans la plus pure lignée de ces grands joueurs sud-américains velu et viril de ces dernières années, de Vilas à Mancini en passant par Gildemeister. On pourrait lui donner le même surnom qu'à Nastase dans les années 70, à savoir "le gitan". C'est l'un des plus beaux chiens fous du circuit. Sa brutalité aveugle lui permet parfois de faire des gros coups, même si elle est rarement payante à la régulière contre les meilleurs. Assurément dans le top 7 ou 8 des meilleurs joueurs actuels à n'avoir jamais gagné de tournois du Grand Chelem. A noter enfin qu'il a l'air plutôt du genre à bouffer de la moelle ou des rognons de veau que des courgettes farcies à la ricotta. Enfin, on l'imagine mal écouter Chréie FM.

Juan-Martin Del Potro
Doté d'un jeu puissant et complet, mais assez terne, Jean-Martin de la Poutre - pour les intimes - a la plus belle sale gueule de tout le circuit. Assurément, il aurait eu sa place dans "Dirty Dozen" de Robert Aldrich.


"Dirty Dozen", l'un des meilleurs films américains de l'année 1967.

James Blake
Après avoir passé plusieurs années dans le top 10, ce beau gosse au physique idéal pour tourner une pub pour Gillette ou pour un after shave est actuellement sur le déclin. Avec son jeu parfois ultra violent et sanguinolant, il est néanmoins l'un des meilleurs joueurs à n'avoir jamais gagné de titres majeurs ni de Masters 1000.

Stanislas Wawrinka
Une gueule d'éternel ado appliqué et de fils idéal. Un talent pur. Un style propre, net. L'air réservé, mais sympa. Le genre de mec pas à l'aise dans ces restaurants du centre de Paris où la moëlle est à volonté et où on vous regarde de travers lorsque vous commandez une bouteille de badoit. Le genre de mec qui commanderait un bol de cornflakes dans un restaurant de Rungis. Mais il a le plus beau revers à une main du circuit, donc il peut tout se permettre.



Wawrinka, le seul joueur du top 100 qui a encore des chtiques.


Philipp Kohlschreiber
D'un point de vue purement esthétique, c'est le plus beau revers à une main du circuit avec Wawrinka. Tout est subjectif, dit-on parfois naïvement. Mais c'est subjectif de reprocher à mon jugement d'être subjectif ! Faire ce reproche sous-entend bien évidemment que le postulat n'est pas objectif, qu'il diffère d'un jugement objectif. Or, comment savoir que ma subjectivité ne rejoint pas l'objectivité ? Prétendre l'inverse est forcément totalement subjectif. Dans le doute, veuillez ne pas me reprocher d'être subjectif quand j'avance que Kohlschreiber a le plus beau revers du circuit. En plus, c'est vrai ...


Tomas Berdych
Il faut vraiment être complètement taré pour ne pas penser à Bob Dalban quand on évoque T.B. Ce tchèque qui ressemble étrangement à Thomas Enqvist, est en effet au tennis mondial ce que Robert Dalban fut au cinéma classique populaire français des années 50, 60 et 70. Il est toujours là, mais il n'a jamais le premier rôle.


Ivo Karlovic
Du haut de ses 2 mètres 08, Karlovic est une machine à aces. ça tombe en permanance ! Il les aligne, peinard, tranquille. Le problème, c'est qu'en fond de court, il est aussi faible qu'un joueur du TC Remiremont classé 2/6. Alors ça passe au tournoi d'Epinal, mais pas forcément contre Nadal au Queen's. Il est le joueur qui ressemble le moins physiquement à Line Renaud.


Gaël Monfils
A l'écouter, il ne va pas tarder à être numéro 1 mondial et va gagner tous les titres majeurs. Un des plus grands humoristes de sa génération.


Nicolas Almagro
Un jeu brutal et souvent irréfléchi. La gueule d'un bébé grincheux. La mine constamment rabougrie. L'air parano. Amalgro est sans aucun doute une figure du tennis mondial, ou plus précisément du tennis sur terre battue. Quelque part entre Toto et Sordi, son côté comédien nous fait dire qu'il aurait pu faire du cinéma dans les années 50 dans les premières comédies de Mario Monicelli. On ne sait pas encore s'il a bien fait de choisir le tennis. L'année dernière, il fut sorti par Nadal en 1/4 de finale sur le score de 61 61 61. Ce fut le match le plus ennuyeux de la quinzaine.


John Isner
De très grande taille, ce joueur au phyisique typiquement américain a le potentiel pour casser la baraque. Comme un jeune cowboy énervé qui ne connait pas la patience, il se jette au filet dès qu'il le peut. Pas forcément très doué dans le petit jeu de jambes, et manquant cruellement de finesse, il donne souvent l'impression d'être comme un éléphant dans un magasin de porcelaine. Mais quand ça passe, les amateurs du tennis d'attaque - donc les authentiques amateurs du tennis - y trouvent leur compte et ses adversaires se retrouvent plaqués au sol. Après une année 2008 difficile, il a ressorti son gun et semble prêt pour n'importe quel duel. Il a déjà shooté Monfils et Safin lors de la saison américaine sur dur. Il a les moyens de repasser d'autres branks porte d'Auteuil.


John Isner, sans doute le joueur qui ressemble le moins physiquement à Paul Amar.


Nikolay Davydenko
Avec sa gueule de cosmonaute des années 60, proche de Nikita Khrouchtchev, Davydenko n'a jamais été une star et ne le sera jamais. Extrêmement puissant et véloce, il est de ceux qui prend la balle le plus tôt après le rebond et il est capable de très bien couvrir son terrain et d'imprimer une cadence de "ouf" aux échanges. C'est lui le vrai cauchemar de Nadal, pas un autre. Ceux qui ont vu la demi-finale de Rome 2007, l'un des plus grands matches de la décennie, ne peuvent prétendre le contraire. Avec plus de charisme, le russe aurait sans doute pu être plus populaire. Il n'en demeure pas moins une figure indispensable du jeu. Supposé margoulin en chef (proche de la mafia ?) depuis ces histoires de matches soi-disants truqués, Davydenko a une véritable incontestable allure de russe comme Simon a une allure de français, Roddick d'américain, Canas d'argentin et Gonzalez de chilien. Il est sans doute important, en cette période où les jeux, les gestuelles et les allures se standardisent, que des particularités subsistent, fussent-elles physiques.

David Nalbandian
L'un des meilleurs joueurs à n'avoir encore jamais gagné de tournoi du grand chelem. Son temps est-il passé ? Tout le monde sait qu'il en a eu les moyens pourtant. Avec sa petite bedaine et ses longs cheveux blonds, son allure fleure bon la fin des années 80. Mais ce bon vivant amateur de belles bagnoles et de belles gonzesses, est aussi un "bad boy" qu'il vaut mieux ne pas trop faire chier. Il est capable de se brouiller avec un "frère", en témoigne ce qui s'est passé en fin d'année dernière en finale de la Coupe Davis. L'argentin est sans conteste l'un des figures actuelles les plus importantes. Le genre de mec capable de coller une torche à Nadal quand celui-ci domine tout le monde. Le genre de mec capable de coller une peur bleue à Federer quand celui-ci n'a d'ordinaire peur que de Nadal. Le genre de mec qui se couche à 4 heures du matin la veille d'un match. Le genre de mec qu'on ne serait pas étonné de voir faire une tournée de bars gigantesques, de Montmartre à Montparnasse en passant par Oberkampf, en plein tournoi de Roland Garros, le genre de mec qui sent la cervelas quand il rote, le genre de mec qui se met pas de déodorant avant un rendez-vous galant. Nalbandian c'est un fauve, un fennec. Son jeu lui ressemble. On est nombreux à compter sur lui pour priver Nadal d'un cinquième Roland Garros consécutif. C'est le seul qui en est capable ... Malheureusement, ce ne sera pas pour cette année, l'argentin venant de se faire opérer et étant indisponible jusqu'à la rentrée.

Tommy Robredo
Antipathique, arriviste, il n'est pas là pour faire plaisir au public, ni même peut être pour se faire plaisir. Qu'importe, direz-vous, il gagne pas mal de matches. Cela dit, personne (parmi les membres gold des fans de tennis) ne se souviendra de lui quand il sera mort, ni même quand il aura pris sa retraite. Qui se souvient vraiment de Juan Aguilera, de Javier Sanchez ou de Fernando Luna aujourd'hui ? Défendre Robredo, c'est sans doute accepter la médiocrité. C'est se contenter d'un steak haché quand on aurait pu se faire un gigot de 7 heures.


Fabrice Santoro
Sa longévité sur le circuit est devenu aussi dingue que son jeu. Un peu comme Stepanek, il a réussi à être une star sans jamais dépasser les 1/4 de finale en grand chelem. On a déjà tout dit sur son talent, son inventivité, ses audaces, ses folles montées à contre-temps, ses lobs flottants, ses ruées au filet au bluff, son côté artiste peintre, sa manière unique de pratiquer le tennis. Il est l'un des rares qui "joue" véritablement au tennis. Certains de ses matches à Roland Garros sont mémorables. Citons sa victoire sur Safin, alors deuxième mondial, sur le central en 2001, et son match interninable en 2004 contre Arnaud Clément. A quelques mois de la retraite, il va rentrer dans la légende de la Porte d'Auteuil : il s'agit en effet de ses 20è internationaux de France. Santoro, qui n'a jamais joué la deuxième semaine à Paris, égale le record détenu par un autre français François Jauffret. Il nous manquera beaucoup. La liste des joueurs qu'il a déjà battu est des plus riches. On y trouve, entre autres, Connors, Agassi, Edberg, Becker, Sampras, Bruguera, Federer, Safin, Wilander, Ivanisevic, Stich, Muster, Gomez, Korda, Rosset, Noah, Leconte, Kuerten, Rios, Courier, Krajicek, Hewitt, Moya, Chang, Rafter, Nalbandian, Ferrero, T. Johansson, Roddick. Des grands, seuls Lendl, Nadal et Kafelnikov n'ont jamais perdu contre lui. Rappelons que Santoro n'a jamais eu à affronter Mcenroe et qu'il fait parti du cercle très fermé des gens qui n'ont pas couché avec Carla Bruni.


Marat Safin
Le russe joue sa dernière saison. Evidemment, nombreux sont ceux qui espèrent le voir aller loin à RG. Il a explosé dès ses débuts, sans perdre de temps, en 1998, justement à Roland Garros. Cette année là, il avait foutu une race à Agassi et Kuerten, avant de mener la vie dure à Cédric Pioline en 1/8è de finale. Depuis ce premier coup d'éclat, la carrière de Safin n'a cessé de connaître des hauts et des bas. Une victoire à l'US Open en 2000 en pulvérisant Sampras en finale, une deuxième victoire majeure à l'Open d'Australie en 2005 après un chef d'oeuvre en demi face à Federer, des victoires sur tout le monde, des victoires partout, de Boston à Pékin en passant par Madrid et Bercy. Une place de numéro 1 mondial en novembre 2000. Une très bonne place également dans le coeur de la gant féminine. Un charisme phénoménal. Totalement imprévisible. Le champion du cassage de raquette. Brisaque. Pas très soigneux. Puissant. Violent. Ferme. Sympa. Tout et son contraire à la fois. Comme un personnage d'un film de Mikhalkov. Le genre de mec qui vide le bar de l'hôtel en pleine nuit la veille d'un match, qui se retrouve dans une rixe à la sortie d'une boite interlope de Saint-Petersbourg, ou qui plaque tout pour aller faire des randonnées au Tibet et recharger les batteries. Son jeu est ultra complet, ultra puissant. Quoi dire sur jeu ? Son seul problème est mental. Il est tellement génial, tellement doué, qu'il donne l'impression de pouvoir toujours gagner quand il en a vraiment envie. Mais en a-t-il encore vraiment envie ? Safin, l'un des joueurs qui plaît le plus à la gent féminine, sent le talent à plein nez, la vodka, la bourlingue, les nuits blanches, et la cyprine. Un artiste, un vrai.


Marat Safin et son look Pierre Clémenti des pays de l'Est.


Ernst Gulbis
Passera-t-il chez le merlan avant le tournoi ? C'est la grande question ! Cet immense espoir du tennis, qui pour l'instant n'a joué qu'une seule demi-finale - à St Petersbourg en 2006 - et qui n'a pas gagné deux matches de suite depuis le mois d'août 2008 (excusez du peu !), avait provoqué un tollé l'année dernière pour sa coiffure-hommage à Art Garfunkel. 1/4 de finaliste l'an passé, le Letton va jouer sa place dans le top 100. Ce fils de milliardaire qui se plat à dire que "le tennis c'est sympa, ça passe le temps" aura peut-être bientôt tout son temps pour se faire des teintures auburn et des puzzles de la chapelle Sixtine.


Gulbis et son look 7è arrondissement.

Robin Soderling
Quand il est sur le court, on attend presque plus de son comportement que de son jeu. Parfois qualifié d'étrange, de cinglé ou de mauvais par ses pairs, ce grand suédois avait osé singé Nadal sur le central de Wimbledon en faisant mime de se gratter le derrière - comme le fait souvent l'espagnol - et s'était permis d'aller changer de raquette entre deux services du numéro 1 mondial. Avec sa belle gueule de mec qui sort d'un lycée professionnel de province, Soderling refuse de séduire, de plaire. D'un point de vue look ou jeu, c'est un style, un genre. Polo large et absolument pas classe. Gros jeu balourd avec gestes outranciers. Impudent et provocateur, il semble toujours apte à la castagne. Et si Soderling déplaît à certains, c'est pour mieux plaire à d'autres. Si un jour, des joueurs se battent dans les vestiaires, une chose est sûr : il fera parti du lot.


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