jeudi 9 avril 2009

Eloge du court numéro 2


Quel est l'endroit préféré dans le Stade Roland Garros des grands amateurs ? Certainement pas le central. Encore moins le court Suzanne Lenglen. Le court numéro 7, oui, à la rigueur. Non, c'est le court numéro 2, le plus grand tous les courts annexes.

Chargé d'histoire et d'histoires, ce court ne présente à priori que des avantages pour tout le monde. Les spectateurs des premiers rangs sont comme collés aux joueurs, ceux qui sont au fond ne sont pas bien loin, les affiches sont souvent sympas, et l'ambiance y est toujours excellente. Sur le côté du court, là où se massent les ramasseurs de balles et les photographes, une allée en pierre permet d'accéder au court numéro 3. Pratique, cette allée couverte permet aux spectateurs qui s'y trouvent d'être protégé de la pluie en cas de mauvais temps (c'est à dire à peu près tous les jours). Mais l'inconvénient (qui n'en est pas vraiment un) est qu'elle assombrit quelque peu les lieux et rend le court pas très télégénique. Ainsi, il est rare de voir un match joué sur le court numéro 2 passer à la télévision. ça ne dure jamais très longtemps. La télé vient voir quelques balles, si un français est là, pas plus. Bref, pour le téléspectateur qui ne s'est jamais rendu à Roland Garros, le court numéro 2 ne représente pas grand chose. En premier chef parce qu'il ne peut pas se le configurer mentalement (car en plus d'être peu filmé, il est mal filmé - la caméra principale est placée tout en haut des gradins, c'est comme si on filmait une étreinte ayant lieu sur la pelouse du champ de Mars depuis le premier étage de la Tour Eiffel - mais ne nous plaignons pas ! Avant 1983, avant sa restauration qui a permis la pose de caméras, il était filmé depuis le central !!). Pour lui, le court numéro 2 est un court annexe comme un autre. Quelque chose de petit, de vague. Il ne sent pas forcément qu'on est loin de la Jet Set et des paillettes du central. Mais paradoxalement, c'est peut être la petite exposition du court numéro 2 à la télévision qui a fait sa renommée auprès des amateurs. En effet, l'amateur de tennis et comme le cinéphile ou comme tout passionné, il aime être récompensé pour ses efforts, pour sa fidélité, et apprécie cela encore plus quand il sait que cette récompense n'a pas à être beaucoup partagée. En d'autres termes, à l'instar du cinéphile qui découvre des petites pépites méconnues qui ne passeront jamais à la télévision en allant hanter les cinémas d'art et d'essai, l'amateur du court numéro 2 a vécu des moments que le téléspectateur de Roland Garros ignore totalement ou dont il n'a eu que des échos et des bribes (un papier dans l'Equipe, le score etc ...). Des moments qui ne figurent que dans l'inconscient collectif des éternels arpenteurs du stade, mais qui sont dans l'histoire du tournoi tout autant que les grands matches du central.


Cette photo représente bien évidemment le Court numéro 2. Il s'agit d'un article sur le Court numéro 2, il parait logique qu'on ne va pas vous coller une photo du Court numéro 17 !

Restauré en 1983, l'actuel court numéro 2 a été longtemps, avant la construction du court numéro 1 en 1979, le deuxième court le plus important du tournoi. Jusqu'en 1979, tous les grands noms du jeu l'ont foulé. En 1979, c'est là que Dominguez affronte Lendl dans un match homérique. En 1980, c'est là qu'Henri Leconte, alors junior et âgé de 17 ans, joue et perd son premier match dans un grand tableau contre le suédois Simonsson. C'est là aussi que Mats Wilander joua son premier tour en 1982 dans une relative indifférence ... personne ne se doutant que ce suédois presque inconnu allait remporter le tournoi quinze jours plus tard. C'est là aussi qu'en 1993, la police était venu vérifier que Skoff et Muster, ennemis intimes, ne se tapent pas dessus lors de leur match du premier tour. C'est là que Champion joua jusqu'au bout de la nuit en 1996 pour venir à bout de l'australien Sandon Stolle dans un match interminable. C'est là que Federer a joué l'un de ses seuls matches en 5 sets à Roland Garros en 2000 contre le suisse Kratochvil. C'est là que Muster a joué son dernier match contre le gracile équatorien Lapentti en 1999, et que Vilas a dit au revoir à la Porte d'Auteuil en 1989 après sa défaite contre l'italien Pistolesi. C'est là que l'australien Andrew Ilie avait - de joie - totalement arraché son polo après une victoire. C'est là que Lendl avait perdu au 2è tour en 1992 contre Oncins, dans ce qui constituait sa première défaite à ce stade de la compétition à Paris depuis 1978. C'est là qu'en 1990 Agassi joua son premier tour contre Wostenholme, dans ce qui fut son dernier match en Grand Chelelm sur un court annexe. C'est là aussi que la direction du tournoi avait envoyé Jim Courier jouer deux matches de suite en 1993, contre Carbonell et Tarango, alors qu'il était double tenant du titre. Si le public put se régaler (le match entre Courier et Tarango fut ponctué des clowneries du deuxième), Courier l'avait mal pris et l'avait fait savoir. Le court numéro 2 est comme un ascenseur social, comme un baromètre des tendances du moment. C'est le court où l'on découvre des nouveaux visages (généralement français, les valeurs montantes érangères sont souvent vouées au court numéro 17 ou au court numéro 6) et le court où l'on voit des joueurs proche de la porte de sortie. Et si jouer sur le court numéro 2 est une promotion formidable pour un jeune qui monte (l'année dernière, Chardy, s'était fait connaitre ici en jouant Nalbandian, transcandé qu'il fut par l'ambiance), cela peut être vécu comme une humiliation pour une (ex-)star. Si Federer était programmée cette année sur le court numéro 2, chose improbable, il est fort possible qu'il menacerait de quitter Paris. Mais rien ne dit qu'en fin de parcours, il ne s'y retrouvera pas. Souvenons-nous de cet après-midi moite de fin mai 2005, et de ce match calamiteux du premier tour qu'avait joué et perdu Kuerten, triple vainqueur de l'épreuve, contre le modeste espagnol Davide Sanchez. Si le match avait eu lieu sur le 1 ou sur le Lenglen, on aurait juste trouvé ça dommage de le voir partir si tôt. Sur le court numéro 2, devant une poignée de fidèle et à l'abri des caméras et des regards de Michel Leeb et de Patrick Bruel, la déconfiture en catimini du brésilien avait presque pris une tournure pathétique. Comme quoi le court numéro 2 peut être magique et cruel à la fois ...


Ps : à noter que le court numéro 2 du Stade Wimbledon, où se joue les internationaux de Grande Bretagne, a également une histoire très riche.


Le Court numéro 2, un soir de pluie (photo de Blues Trottoir)

3 commentaires:

  1. Mon meilleur souvenir à Roland-Garros reste d'ailleurs un somptueux match sur le court n°2 entre Krajicek et Rafter, le premier mercredi du tournoi de 1997

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  2. Ah désolé BG, mais ce match avait eu lieu sur le Suzanne Lenglen ... et ce n'était pas un mercredi, mais un samedi ... Désolé ...

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  3. Effectivement, j'ai peut-être confondu avec un match (Alberto) Costa - Clavet en 96. Mea Culpa.

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